Compenser c’est bien, éviter c’est mieux : les zones sensibles, on les préserve !

La mesure la plus simple, qui nécessite l’implication du biologiste dès les prémices du projet, consiste à éviter les zones sensibles, aussi bien pour le placement des éoliennes que pour le tracé des chemins.

 

La réflexion d’Alain Lugon et du bureau en écologie appliquée L’Azuré à Cernier suit d’ailleurs un ordre de priorités très clair : éviter tant que se peut les impacts, les réduire et les compenser lorsqu’ils sont inévitables. Dès lors, le biologiste a commencé par cartographier le secteur des Quatre Bornes, en évaluant la qualité écologique des diverses zones, selon leur richesse biologique.

 

Les talus à orchidées, par exemple, passent automatiquement en zone sensible. La carte établie, les emplacements des machines et les chemins d’accès sont dessinés en évitant toutes les zones à valeur écologique élevée.

 

Voilà bien la mesure la plus simple, la plus économique aussi, et pourtant la plus directement efficace en matière de préservation des espèces naturelles.

Un renforcement paysager

Pour répondre à des impératifs de sécurité et pour permettre le passage de véhicules agricoles lourds et modernes, la route communale d’accès devra être réaménagée. En synergie, elle sera également adaptée au transport des éoliennes, ce qui nécessitera l’abattage de certains arbres, des érables surtout.

 

En compensation, cet alignement d’arbres, aujourd’hui déjà amputé de nombreux sujets, sera rajeuni et recréé depuis Les Bugnenets jusqu’au milieu du vallon de La Joux-du-Plâne.

 

L’objectif visé : replanter deux à trois fois plus d’arbres qu’il n’aura fallu en abattre, pour atteindre un réel renforcement paysager dans ce secteur.

 

On accordera une attention particulière également aux insectes vivant actuellement dans les arbres à couper, en leur offrant de nouveaux végétaux à coloniser.
si, et pourtant la plus directement efficace en matière de préservation des espèces naturelles.

Compensatoires, mais pas seulement !

Alain Lugon et son bureau d’écologie appliqué L’Azuré (www.lazure.ch) n’en sont pas à leur première intervention sur un projet de parc éolien. Ce biologiste spécialisé en écologie et systématique, diplômé ès sciences et membre de l’association suisse des professionnels de l’environnement (ASEP), a notamment travaillé sur le parc de la Montagne de Buttes, dont les mesures de compensation écologiques atteignent le même niveau. Un niveau qui doit d’ailleurs être préalablement accepté par les promoteurs faisant appel à L’Azuré.

 

Cependant, depuis la mise au net des mesures propres à la Montagne de Buttes, des progrès techniques ont été réalisés, de l’expérience s’est ajoutée, qui permettent ensemble d’élever encore l’effet des actions entreprises.

Le spécialiste souligne d’ailleurs que certaines des mesures décidées pour les Quatre Bornes dépassent clairement un rôle compensatoire, qui induisent une réelle plus-value écologique.

 

Et Alain Lugon de remarquer que la lenteur des procédures helvétiques a aussi des effets positifs, elle qui permet de mener à terme des projets de qualité en faveur de l’environnement. De tels projets ne peuvent aboutir si l’on ne prend pas le temps de les mûrir, afin non seulement qu’ils exercent les meilleurs effets possibles, mais également qu’ils puissent être validés par tous les intéressés.

Les agriculteurs ne la plument pas !

Les développeurs du parc sont des adeptes convaincus d’une collaboration étroite avec les riverains et les exploitants des terres portant les éoliennes. Ils l’ont prouvé une fois encore ici, en soutenant d’emblée la proposition d’Alain Lugon et de son bureau L’Azuré, d’induire avec ces agriculteurs un partenariat très prometteur pour l’alouette des champs.

 

Les développeurs du parc financeront donc cette collaboration riche d’aspects novateurs.

 

Une petite dizaine de couples d’alouette des champs nichent encore dans la zone où sera érigé le parc des Quatre Bornes, qui pourrait les déranger.

 

Cependant, la plus grande menace pesant sur cette espèce est l’intensification de la fauche, plus fréquente et plus rapide dans la saison. Cette fauche détruit les nids et si l’on n’agit pas, on peut s’attendre à ce que l’alouette disparaisse de L’Echelette d’ici dix à quinze ans…

 

En accord avec les agriculteurs concernés, trois dates de fauche retardée ont été fixées (dès le 10 juin, dès le 20 juin et dès le 30 juin respectivement), qui donnent droit à des compensations financières progressives.
Les exploitants eux-mêmes ont proposé une deuxième mesure originale et prometteuse : la plantation de champs de céréales avec fenêtres non semées pour accueillir les alouettes nicheuses. Ce retour aux céréales d’altitude, plantées en alternance avec la production de foin, permet de renouveler les herbages sans recourir aux glyphosates. Cette mesure innovante permet aussi d’améliorer la qualité paysagère de La Joux-du-Plâne. Ces champs céréaliers donneront eux aussi droit à des compensations financières.

 

Au total, ces mesures en faveur de l’alouette de champs sont budgétées à 750 000 francs sur 25 ans, qui seront donc assumés par la société exploitante du parc éolien.

Pour les milans et les chauves-souris : prévenir vaut mieux…

Des accidents mortels d’oiseaux et de chauves-souris, par collision avec les pâles d’éoliennes, restent possibles, ainsi que le démontrent les études réalisées sur des parcs éoliens en Suisse. Dans la région des Quatre Bornes, le milan royal et diverses espèces de chiroptères pourraient en particulier être concernés.

 

Or à l’initiative d’Alain Lugon et du bureau en écologie appliquée L’Azuré, le parc appliquera un principe de précaution, sans attendre de vérifier si des décès de ce type surviennent effectivement.

 

Un système de détection pour les chauves-souris sera installé sur chaque machine, dans la nacelle ; un appareil à ultrasons muni de détecteurs arrêtera l’hélice dès que seront constatés divers paramètres préprogrammés, touchant à l’heure (habitudes de vol des chauves-souris), à la température, à la vitesse du vent ou encore à la saison notamment.
Une forte activité des chauves-souris sur les crêtes ou un arrivage de migrateurs, par exemple, impliqueront la mise à l’arrêt temporaire.

 

De quoi sauver des colonies
« Ces appareils sont très précis, souligne Alain Lugon. Leur efficacité est donc optimale, alors même que la perte de production due à ces arrêts atteint au maximum 2 pour cent du total de la production annuelle. »

 

Le Vallon de Saint-Imier et le Val-de-Ruz comptent plusieurs colonies de chauves-souris, qui chassent sur les crêtes dans certaines conditions atmosphériques. Des accidents à répétition mettraient en péril la survie de ces colonies, d’où l’importance considérable des appareils de détection.

Tout pour la gélinotte des bois

Potentiellement menacée de disparition, avec à peine plus de 7000 couples nicheurs sur sol helvétique, la timide gélinotte des bois est non seulement très discrète, mais ne supporte pas les dérangements.

 

Malgré un éloignement suffisant entre son périmètre d’habitat et la première éolienne, la petite population locale de gélinottes pourrait être dérangée par un accroissement non souhaité des promeneurs au pied des éoliennes. A titre préventif, on anticipe ces potentiels impacts négatifs indirects.

 

Les développeurs du parc ont donc décidé d’améliorer sensiblement tout l’habitat de cet oiseau dans le secteur, en effectuant des coupes forestières ciblées. Sous la direction d’un spécialiste reconnu de l’espèce, toute la partie neuchâteloise de sa zone d’habitat a été améliorée durant l’hiver 2017-2018 déjà, pour favoriser sa nidification. Les mêmes mesures seront prises sur sol bernois un de ces prochains hivers, l’habitat local privilégié de la gélinotte doublant de surface, pour atteindre à terme 6 hectares de forêt éclaircie.

Mesures de compensation : un niveau élevé

En choisissant de travailler avec l’Azuré, le très pointu bureau d’études en écologie appliquée dirigé par Alain Lugon à Cernier, la Sàrl et Groupe E Greenwatt ont placé la barre très haut en matière de compensations écologiques. Les initiateurs du projet entendent en effet qu’il soit exemplaire dans ce domaine également.

 

Les mesures ont commencé très en amont, par le choix de supprimer certains impacts, respectivement de les réduire, en évitant les zones sensibles aussi bien dans le positionnement des machines que dans le traçage des chemins.
Une mesure intéressante sera prise avec l’arrêt par précaution des machines dans les situations à risques potentiels de collision avec des chauves-souris ; des détecteurs à ultrasons, dans les nacelles, stopperont les hélices lorsque plusieurs paramètres seront réunis, saison, heure de la journée, température et conditions météorologiques en particulier. Une mesure techniquement très pointue, aux effets immenses, pour une réduction minime de la production (1-2 % l’an), souligne Alain Lugon.

 

Durant les périodes de migration, de tels arrêts seront ordonnés également par un système de surveillance détectant l’arrivée d’oiseaux, sur la base d’un appareil mis au point par le Chaux-de-Fonnier Dr Valère Martin, dont le prototype est en cours de validation.

 

C’est par ailleurs sans la moindre hésitation que les développeurs du parc éolien ont accepté et soutiennent activement une remarquable innovation proposée par Alain Lugon : l’arrêt des hélices durant deux journées complètes d’été, lorsque les agriculteurs faucheront les champs alentours, attirant dans leur sillage des milans ou autres oiseaux planeurs.
Indirecte mais tout aussi originale, la mesure consistant à assainir une septantaine de pylônes électriques affichant de gros risques d’électrocution pour les rapaces.
Pour la gélinotte des bois, espèce très en danger par les activités humaines générales et potentiellement impactée par les éoliennes, une machine a été déplacée et des mesures seront prises afin d’améliorer et élargir sa zone d’habitat dans le secteur.

 

Pour l’alouette des champs, qui risque d’être dérangée par les travaux et les machines, les tenants du parc agiront sur le facteur le plus grave, la fauche, en la retardant notamment. Un projet très original, avec compensation financière versée par la future société d’exploitation du parc éolien.

 

Plus généralement et au bénéfice d’une grande diversité d’espèces végétales et animales, un véritable partenariat a d’ores et déjà été engagé avec les agriculteurs pour créer un réseau écologique sur les pâturages boisés de La Joux-du-Plâne, lesquels diminuent d’année en année.

 

Les abattages d’arbres nécessaires pour la route d’accès au parc éolien seront limités tant que se peut et compensés par deux voire trois fois autant de plantations.

 

Enfin, mesure paysagère et biologique à la fois, une belle portion de mur de pierres sèches et plusieurs murgiers seront refaits, respectivement créés.

Une fauche coordonnée

Grande nouveauté initiée par Alain Lugon et mise en place par les développeurs du parc éolien: l’arrêt complet des machines durant deux jours, lorsque les exploitants des terres portant les éoliennes et des alentours immédiats procéderont à la fauche estivale. L’un d’entre eux avertira le responsable du parc, probablement par simple appel téléphonique ou courriel, lorsque la décision de faucher aura été prise.

 

Les conditions météorologiques et la pousse des végétaux sont telles, à cette altitude, que le choix n’est généralement pas large, chacun optant pour la même demi-journée ou peu s’en faut.

Protéger les migrateurs

Ingénieur ETS diplômé en électrotechnique/électronique et biologiste, le Dr Valère Martin est spécialiste en neuroinformatique et engineering de radars. Toutes ces compétences ont conduit l’ornithologue chaux-de-fonnier à mettre au point un appareil de détection à distance des oiseaux migrateurs, par ondes et sensibilité audio. Grâce à cette machine, dont le prototype est en phase de test très concluante, les éoliennes s’arrêteront durant environ deux heures, par exemple au lever du jour, lorsqu’arriveront d’importants vols de migrateurs.

Des murs et des murgiers

Mesure plus symbolique, mais porteuse en termes de valeur paysagère et de refuge précieux pour une riche petite faune, le chantier du parc éolien sera prétexte à recréer un long bout de mur de pierres sèches aujourd’hui quasiment démoli.

 

Ce faisant, on réalisera également quelques murgiers bien situés. Une mesure plus simple et nettement moins onéreuse, mais particulièrement efficace en termes d’habitat naturel.

Un piège éliminé

Originale, la mesure qui portera sur l’assainissement d’une septantaine de pylônes électriques dans la zone entre le Vallon de Saint-Imier et le Val-de-Ruz, soit bien au-delà de La Joux-du-Plâne et du parc éolien des Quatre Bornes. Les éoliennes ajoutant un risque pour les rapaces, on le compense en éliminant un autre danger.

 

Sur nos montagnes se dressent en effet de nombreux pylônes portant des lignes à moyenne tension, généralement en « T », qui induisent un fort danger d’électrocution pour les grands rapaces. Or en isolant par exemple les fils par une gaine ad hoc, sur une longueur prédéterminée en partant du pylône, on supprime complètement ce danger.

 

Les initiateurs du parc éolien ont contacté les trois exploitants concernés, la Société des forces électrique de La Goule, les Services techniques de Saint-Imier et Groupe E, afin d’établir avec eux une carte des pylônes à risque.

 

Dès que le feu vert aura été donné au projet des Quatre Bornes, une soixantaine de pylônes seront assainis. Une tâche qui ne pourrait pas être financée par un autre biais.

Un précieux écoréseau

Les initiants du parc éolien ont d’ores et déjà financé l’étude de base permettant de fédérer les agriculteurs concernés pour la création de l’Ecoréseau de La Joux-du-Plâne et de L’Echelette, lequel induit une exploitation extensive soutenue financièrement par la Confédération.

 

Précieux pour une faune diverse, les pâturages boisés diminuent régulièrement, qui sont remplacés par des zones de forêt d’une part, complètement déboisées d’autre part. L’Ecoréseau permettra d’assurer leur pérennité, avec une exploitation extensive très respectueuse de la diversité biologique.

 

Originalité de ce réseau en particulier : au lieu de contrats portant normalement sur 8 ans, ceux de La Joux-du-Plâne portent sur 24 ans (soit la durée d’exploitation complète du parc éolien). Une garantie pour l’environnement et un engagement pourtant supportable par les exploitants, puisqu’après les 8 premières années, ils pourront demander une modification géographique, un déplacement de leur zone, à condition que demeure durant un quart de siècle la même surface totale de 64 hectares.

 

Environ deux tiers de la surface d’exploitation extensive est déjà sous contrat, le tiers restant entrera en vigueur en cas de réalisation du parc.